
Le nano-argent ou nanoparticules d’argent a été étudié et utilisé pour ses propriétés antimicrobiennes. Les nanoparticules d’argent présentent un effet antimicrobien à large spectre (bactéries Gram+ et Gram−, champignons, certains virus), le sujet a été largement documenté dans la littérature scientifique. Cet effet repose sur des mécanismes multiples et concomitants : relargage d’ions Ag⁺, interaction directe avec les membranes cellulaires, perturbation des fonctions enzymatiques et induction de stress oxydatif. À l’échelle nanométrique, la surface spécifique élevée favorise ces interactions et explique une activité plus marquée que celle de l’argent massif. Il a également été démontré que l’efficacité antimicrobienne des nanoparticules d’argent dépend fortement de la taille des particules, de leur état d’agrégation, de la matrice et des conditions environnementales. Cependant, l’effet de ces nanomatériaux a interrogé le législateur compte tenu des risques identifiés.
1) Pourquoi les nanoparticules d’argent utilisées comme biocide présentent-elles un risque ?
Les nanoparticules d’argent présentent, selon la littérature, des risques toxicologiques liés à l’exposition répétée, incluant un stress oxydatif, une cytotoxicité cellulaire, une accumulation tissulaire et des effets neurotoxiques et reprotoxiques suspectés, dépendants de la taille et du relargage d’ions Ag⁺. Ces données ont conduit les autorités scientifiques européennes à retenir une classification harmonisée STOT RE (système nerveux) et Reprotoxicité suspectée (cat. 2) pour le nano-argent. Les effets environnementaux, notamment une écotoxicité élevée vis-à-vis des micro-organismes aquatiques, sont également bien documentés.
Quels règlements européens encadrent l’usage des nanoparticules d’argent ? En Europe, son encadrement relève principalement de deux ensembles juridiques distincts :
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Le Règlement (UE) n°528/2012 “BPR” (Biocidal Products Regulation) : il gouverne la mise sur le marché et l’usage des produits biocides (substances actives + produits finis). EUR-Lex+1
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Le Règlement (CE) n°1272/2008 “CLP” (Classification, Labelling and Packaging) et ses adaptations : il gouverne la classification harmonisée, l’étiquetage et l’emballage des substances et mélanges. EUR-Lex+1
2) Biocides : “silver, as a nanomaterial” n’est pas approuvé pour certains usages (PT 2, 4 et 9)
Ce que dit le texte européen
La Décision d’exécution (UE) 2021/1283 acte la non-approbation de certaines combinaisons “substance active / type de produit” dans le cadre du programme de réexamen. Elle inclut explicitement “silver, as a nanomaterial” comme non approuvé pour les product-types (PT) 2, 4 et 9. WB6 CIF+1
Conséquence pratique : pour ces types de produits, l’argent “en tant que nanomatériau” ne peut pas être utilisé comme substance active biocide approuvée, ce qui empêche l’autorisation de produits biocides correspondants au titre du BPR (sauf cas transitoires très spécifiques, à analyser au cas par cas). Le cadre général est celui du BPR. EUR-Lex+1
Les nanomatériaux d’argent seront-ils interdits partout dans l’Union Européenne ?
Ici, on parle d’un acte de l’Union pris dans le cadre d’un règlement (le BPR). Le BPR précise qu’il est “binding in its entirety and directly applicable in all Member States” : il s’applique directement en France et dans tous les États membres, sans vote national. EUR-Lex+1
3) « Product-Types » 2, 4 et 9 : quels produits sont concernés ?
Le BPR classe les biocides en types de produits (product-types). Ces catégories déterminent le champ d’application du règlement.
D’après la définition officielle ECHA des product-types :
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PT 2 : Disinfectants and algaecides not intended for direct application to humans or animals (désinfectants/algicides non destinés à une application directe sur l’humain ou l’animal).
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PT 4 : Products used in food and feed areas (produits utilisés dans les zones alimentaires et d’aliments pour animaux ; typiquement surfaces/équipements au contact ou proches des denrées, selon les usages).
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PT 9 : Fibre, leather, rubber and polymerised materials preservatives (conservateurs pour matériaux fibreux, cuir, caoutchouc et matériaux polymérisés, visant à prévenir la détérioration microbiologique de ces matériaux).
Pour le dire plus simplement, PT2 et PT4 recouvrent une grande partie des désinfectants de surfaces et usages d’hygiène/industrie (y compris en environnement alimentaire), tandis que PT9 vise plutôt la préservation antimicrobienne intégrée à des matériaux (textiles, polymères, caoutchouc, etc.).
Exemples de produits concernés à partir du 1er mai 2026 (dès lors qu’ils contiennent des nanoparticules d’argent) :
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Produits de désinfection de surfaces (sols, murs, plans de travail, sanitaires)
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Produits de nettoyage à revendication antibactérienne pour locaux professionnels (hôtels, hôpitaux, bureaux, transports)
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Désinfectants pour air ambiant ou systèmes de ventilation
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Produits de traitement antimicrobien pour matériels et équipements non médicaux
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Désinfectants de surfaces en zones alimentaires (cuisines professionnelles, industries agroalimentaires)
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Produits de nettoyage de matériels de transformation ou de stockage alimentaire
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Revêtements ou traitements antimicrobiens pour surfaces, plans de travail, convoyeurs
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Solutions de désinfection utilisées dans les chaînes de production ou de conditionnement
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Textiles antimicrobiens (linge, rideaux, vêtements professionnels, textiles techniques)
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Moquettes, tapis, revêtements de sol traités antibactériens
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Polymères et plastiques avec additif antimicrobien (films, housses, gaines, pièces injectées)
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Mousses, caoutchoucs, cuirs traités contre le développement microbien
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Articles revendiquant une prévention des odeurs ou de la dégradation microbienne
4) CLP : une classification harmonisée du “silver nano” s’appliquera à partir du 1er mai 2026
Le texte applicable
La Commission Delegated Regulation (UE) 2024/2564 modifie l’annexe VI du CLP en introduisant et/ou modifiant des classifications, avec pour date d’application le 1er mai 2026. EUR-Lex+1
Dans l’annexe, une entrée spécifique vise “silver nano: [particle diameter > 1 nm ≤ 100 nm]” et précise les risques. EUR-Lex+1
5) VLEP, exposition cutanée et intérêt d’une “analyse nanoparticules d’argent”
Pourquoi la question “VLEP cutanée” est délicate
En France, les VLEP sont conçues comme des concentrations dans l’air (gaz, poussières, aérosols) pour la prévention du risque chimique par inhalation ; elles ne constituent pas une valeur limite chiffrée “par voie cutanée”. Il n’existe pas d’équivalent à cette notion en matière de contact, ce qui complexifie l’analyse du risque ou l’application du règlement. INRS+1
Ainsi, lorsqu’on parle d’exposition cutanée (par exemple manipulation répétée de surfaces ou solutions contenant du nano-argent), la gestion du risque repose plutôt sur :
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l’évaluation des scénarios d’exposition (durées, fréquences, matrices, transferts),
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la documentation de danger CLP et des mesures de prévention,
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et, très souvent, une analyse nanoparticules d’argent pour vérifier présence, forme, taille, relargage et concentrations.
Il est donc essentiel de faire analyse les nanoparticules d’argent utilisées à des fins de biocides par un laboratoire spécialisé comme SON .
Les analyses proposées par SON
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